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    Montres et Espace, Tome 1 : Les pionnières de l'orbite

    Montres et Espace, Tome 1 : Les pionnières de l'orbite

    Par CharlemagneMis à jour le 6 min de lecture

    La Sturmanskie de Gagarine : 108 minutes en orbite, pas de chrono, juste du cran

    Yuri Gagarin après son vol historique, 12 avril 1961

    12 avril 1961. Youri Gagarine s'installe dans la capsule Vostok 1. À son poignet, une Sturmanskie Type II, référence 2609. Un boîtier de 33 mm, calibre manuel 2609, 17 rubis, cadran blanc craquelé avec aiguilles luminescentes et un petit logo ailé. Pas de chrono. Pas d'étanchéité. Pas de protection antichoc. Une montre de pilote militaire, conçue pour les cockpits de MiG, pas pour le vide spatial.

    Elle a tenu 108 minutes d'orbite. Vibrations à 8G au décollage. Températures en dents de scie. Gagarine l'a gardée comme souvenir personnel. Aujourd'hui, une Sturmanskie originale de cette période se négocie autour de 50 000 €. Pas mal pour un calibre qui coûtait trois mois de salaire ouvrier soviétique.


    La Strela 3017 : premier chrono en sortie extravéhiculaire

    Alexei Leonov, cosmonaute soviétique et premier homme à réaliser une sortie extravéhiculaire

    18 mars 1965. Alexei Leonov sort du vaisseau Voskhod 2 et flotte dans le vide. Au poignet, une Strela 3017 : calibre Poljot 3017, chrono à remontage manuel, 23 rubis, tachymètre gravé sur le cadran, étanche à 20 mètres. Elle était née pour l'armée de l'air soviétique, mais elle s'est retrouvée dans le vide interstellaire, exposée à -150°C.

    L'anecdote célèbre : la combinaison de Leonov a gonflé dans le vide au point qu'il ne pouvait plus rentrer dans le sas. Il a dû décompresser manuellement, au risque de sa vie. Pendant toute cette galère, la Strela a continué de tourner sans dérailler. C'est le premier chronographe à avoir fonctionné en sortie extravéhiculaire.


    Omega Speedmaster : de montre de pilote à Moonwatch

    Buzz Aldrin sur la surface lunaire, Apollo 11, juillet 1969, photo NASA

    L'histoire commence de façon banale. En 1962, l'astronaute Wally Schirra achète une Speedmaster parce qu'il la trouve belle. Pas pour l'espace. Omega flaire l'opportunité et peaufine le modèle : calibre 321 à remontage manuel, 17 rubis, verre hesalite, tachymètre sur la lunette.

    En 1964, la NASA lance des tests de qualification. Vide spatial. Cycles de température de -18°C à 48°C. Chocs à 40G. Humidité à 95%. La Speedmaster passe tout. Les Rolex et Longines candidates échouent.

    Le 20 juillet 1969, Buzz Aldrin marche sur la Lune avec sa Speedmaster au poignet. Neil Armstrong ? Il avait oublié la sienne dans le module lunaire. Aldrin reste le seul homme à avoir porté une Speedmaster sur le sol de la Lune.


    Bulova Lunar Pilot : la montre « en douce » sur la Lune

    Dave Scott sur la pente de Hadley Delta, Apollo 15, 1971, photo NASA

    Apollo 15, 1971. Dave Scott est en pleine sortie lunaire quand le verre de sa Speedmaster officielle se brise. Au lieu de rentrer, il sort un prototype Bulova modèle 88510 qu'il avait glissé dans ses affaires personnelles. Premier mouvement à quartz Accutron dans l'espace. Tachymètre gradué jusqu'à 500. Bracelet nylon déjà usé avant même le décollage.

    La Bulova de Dave Scott, vendue 1,6 million de dollars chez RR Auction, la seule montre privée portée sur la Lune

    Pas testée par la NASA. Pas approuvée. Mais elle a sauvé la mission. En 2015, cette montre a été vendue aux enchères pour 1,6 million de dollars chez RR Auction, avec des traces de poussière lunaire encore incrustées dans le bracelet. Record absolu pour un objet Apollo à l'époque.

    Détail du cadran de la Bulova lunaire

    Seiko 6139 « Pogue » : premier chrono automatique en orbite

    William Pogue, pilote de la mission Skylab 4, photo NASA

    Skylab 4, novembre 1973. Le colonel William Pogue embarque pour 84 jours en station orbitale. Dans ses bagages personnels, une Seiko 6139 à cadran jaune qu'il a achetée 64 dollars au PX de la base d'Ellington. Calibre 6139 automatique, rotor qui tourne même en apesanteur, affichage jour-date, tachymètre intégré.

    L'équipage de Skylab 4 à l'entraînement : Gerald Carr, Edward Gibson et William Pogue

    Pendant 84 jours, Pogue chronomètre tout avec. Les exercices physiques, les expériences, les cycles de sommeil. Sa citation devenue culte : « Je n'avais pas de chrono officiel, mais celui-là marchait mieux que l'Omega. » La montre s'est ensuite vendue aux enchères. Premier chronographe automatique à avoir fonctionné en orbite.

    La Seiko 6139 Pogue : cadran jaune, calibre automatique, le chrono qui a conquis l'espace

    Casio G-Shock DW-5600 : la reine de la Station Spatiale

    Susan Helms à bord de l'ISS, regardant par le hublot, photo NASA

    La G-Shock n'est pas glamour. Boîtier en résine, quartz basique, rétroéclairage vert. Mais elle est indestructible. Susan Helms l'a portée en 2001 lors de sa mission sur l'ISS, visible sur les photos de travail et les prises de vue caméra.

    Helms et Voss à bord de l'ISS, Expedition 2, photo NASA

    Le modèle DW-5600 cumule plus de 209 vols spatiaux. Un astronaute (dont le nom circule dans les forums mais reste non confirmé par la NASA) l'aurait utilisée comme marteau improvisé pour débloquer un panneau coincé. Elle a tenu. La G-Shock, c'est l'anti-montre de luxe qui a fait plus de missions spatiales que n'importe quelle Omega.

    La Casio G-Shock DW-5600 : boîtier carré, résine noire, la montre la plus spatiale de l'histoire

    Rolex GMT-Master : le passager clandestin d'Apollo 14

    Edgar Mitchell sur la surface lunaire pendant Apollo 14, février 1971, photo NASA

    Février 1971. Edgar Mitchell embarque sur Apollo 14 avec sa Rolex GMT-Master « Pepsi » (référence 1675), lunette bicolore rouge et bleu. Pas une montre officielle NASA. Juste un choix personnel, pour le style autant que pour le double fuseau horaire.

    Edgar Mitchell en combinaison avant le décollage d'Apollo 14, photo NASA

    Mitchell est le sixième homme à marcher sur la Lune. Sa GMT-Master a vu la Terre entière depuis l'orbite lunaire. Elle a ensuite été vendue aux enchères, devenant l'une des Rolex les plus documentées de l'histoire de la conquête spatiale.

    La Rolex GMT-Master Pepsi ref. 1675 : lunette bicolore rouge et bleu, cadran noir, l'icône d'Apollo 14

    Ces montres n'étaient pas du luxe. C'était du génie, manuel ou quartz, qui a tenu le vide, les chocs, le froid et la poussière lunaire. Et les photos d'archives racontent cette histoire mieux que n'importe quel communiqué de presse.

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